© Patrick Kersalé 1996-2026

Il existe, chez les Dogon, un rituel permettant de faire tomber la pluie. Pour cela, on utilise une pierre appelée ãdugæ (pierre de tonnerre) ou plus largement ãdugæ tibi (autel de la pluie) car la pierre n’est qu’un simple vecteur associé à un “fétiche”.
Dans la croyance dogon, ces pierres tombent avec la foudre. Il s'agit en fait de pierres taillées et polies par des civilisations antérieures, que les villageois ont autrefois trouvées en brousse. A l’origine, ces pierres étaient emmanchées et utilisées comme hache. La pierre est conservée dans la maison du faiseur de pluie, sous terre, et personne d'autre que lui-même ou son fils aîné, l’héritier, ne doit la voir, car elle perdrait son pouvoir. Dès son plus jeune âge, l’héritier du pouvoir assiste à tous les rituels célébrés par son père.
Pendant la saison des pluies, le faiseur de pluie initie le rituel sur requête des villageois. À la fin des récoltes, les villageois apportent du mil et un poulet au faiseur de pluie. Celui-ci sacrifie le volatile et fait préparer de la bouillie de mil. Il fait couler le sang et verse de la bouillie de mil sur le fétiche se trouvant près de la pierre. Il en également verse un peu sur la terre recouvrant la pierre en remerciement pour la pluie. Le mil n’ayant pas servi au sacrifice est conservé par le faiseur de pluie.
Cette prière pour la pluie est dite par Dinguibré Saye, reçue de son père, Méneyou Saye.
Au début de la prière, le faiseur de pluie frotte la pierre, intermédiaire entre lui et les forces invisibles, avec un morceau de charbon ou d’écorce de caïlcédrat, afin de la purifier. Puis vient la prière. Le faiseur de pluie salue tout d’abord diverses forces occultes et demande à la pierre d’intervenir auprès d’elles pour faire tomber la pluie. Puis il remercie Dieu : « Grâce à toi, Amma (Dieu), nous avons passé une bonne nuit ; fasse que nous passions maintenant une bonne journée. Amma entendez-nous, exaucez notre prière. »
Il salue de nouveau les diverses forces occultes. Puis, s’adressant à ãdugæ tibi : « Si la tradition est avérée, montre-nous ton pouvoir. » Puis il fait des vœux pour les cultures tout en demandant la pluie. Il réclame aussi d’abondantes récoltes, meilleures que celles des autres et longue vie aux villageois ayant effectué les semailles. Il sollicite ensuite les mânes des ancêtres et l’exaucement de ses vœux. Il demande aussi la bonne santé. Il souhaite des récoltes tellement abondantes que les cultivateurs soient obligés de solliciter d’autres villageois pour les rentrer dans les greniers. Il demande de nouveau la bonne santé puis la célébration des mariages, des rencontres à ceux qui cherchent l’âme sœur, des enfants à ceux qui en désirent, d’être épargné par les épidémies et les accidents. « Qu'Amma exauce nos vœux. » Il souhaite que le bétail se reproduise. Puis il réitère plusieurs éléments déjà évoqués. À la fin de la prière, le faiseur de pluie frappe rapidement la pierre, signifiant : « Amma entendez-nous, exaucez notre prière. »
Lieu et date : Mali, vill. Téréli. Février 1996.
Durée : 05:44. © Patrick Kersalé 1996-2026.